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retours sur les Temporelles à Lille : l’impact des “frontières” sur les rythmes de vie

L’impact des « frontières » sur les rythmes de vie au cœur des réflexions du colloque national des Temporelles de Lille

La Métropole Européenne de Lille (MEL) a accueilli les 16 et 17 novembre 2017 à la Gare Saint Sauveur de Lille,  la 14ème édition du colloque national « Les Temporelles ». Trois demi-journées de réflexions et de débats autour de l’impact des « frontières», qu’elles soient physiques, sociales ou encore mentales, sur nos  rythmes de vie.

Organisé par la Métropole Européenne de Lille (MEL) et le réseau Tempo territorial, ce rendez-vous annuel a bénéficié du soutien  de l’Eurométropole de Lille-Kortrijk-Tournai et de la Mission Opérationnelle Transfrontalière (MOT) qui fête ses 20 ans.

Le choix du thème de cette année, « le temps et les frontières », a tout d’abord été fortement inspiré par l’identité géographique transfrontalière de la métropole lilloise. Cette thématique offrait aussi l’occasion  d’explorer d’autres aspects liés à la notion de frontière, telles que la dimension sociale, psychologique ou encore organisationnelle.  Le choix du lieu méritait aussi le détour pour les  intervenants qui découvraient la Métropole. Ancienne gare de marchandises réhabilitée dans un quartier en transition, la Gare Saint Sauveur  est  devenue ces dernières années, un haut lieu culturel et de loisirs incontournable pour les métropolitains.

Grâce à l’éclairage d’experts, et de représentants d’entreprises et  d’institutions publiques mobilisés , la centaine de participants a pu découvrir les expérimentations menées en France et à l’étranger  et imaginer des pistes d’action possibles en vue d’améliorer l’articulation et la conciliation de nos différents rythmes de vie.

 La première demi-journée était axée sur l’impact des frontières étatiques sur les rythmes. Un préambule qui a permis, dans un premier temps, de comprendre la définition et l’évolution du phénomène de frontière avec le philosophe belge de Kortrijk, Luc Devoldere. Et d’aborder ensuite les projets de coopération transfrontalière imaginés pour pallier les difficultés d’accès aux soins médicaux, aux services de secours ou à l’emploi dans ces régions. Dans les Pyrénées catalanes par exemple, en Cerdagne, la création de l’hôpital de Puigcerda  en 2014 est le résultat d’une collaboration concrète entre les partenaires français et catalans et permet aujourd’hui de réduire considérablement les temps d’accès des patients pour lesquels l’hôpital le plus proche était préalablement situé à plus de deux heures de route.

Au-delà de l’espace physique, la frontière peut être aussi organisationnelle. La deuxième journée a en effet traité de la frontière existante entre vie personnelle et vie professionnelle.  Comment définir le temps libre et le temps contraint ? Et comment mieux les concilier ?

Les extraits du film documentaire de Gilles Vernet ont interpellé le public. Dans son documentaire « TOUT S’accélère », cet ancien tradeur devenu instituteur s’interroge avec ses élèves de CM2 sur l’accélération vertigineuse de notre monde.

Le chercheur au CEREMA, Joël Meissonnier, a partagé quant à lui les résultats de son étude sur les changements de comportement face aux heures de pointe menée dans le cadre d’une expérimentation pilotée conjointement par la MEL et la Région Hauts-de-France. Changer de comportement nécessite un accompagnement adapté, tant du côté du salarié que de l’employeur.  Des solutions existent aujourd’hui pour permettre aux salariés de mieux concilier leurs vies privée et professionnelle et d’améliorer ainsi leur qualité de vie. L’entreprise de nettoyage Cleaning bio a ainsi présenté les retombées positives de la nouvelle organisation du travail qu’elle a mis en place pour ses salariés. Elle a notamment fait le choix de faire passer les activités de nettoyage de ses salariés en journée afin de leur permettre de mieux s’épanouir et supprimer ainsi les plages de travail en horaires décalés et fractionnés.

La dernière demi-journée a interrogé l’incidence  des fractures tant sociale (revenu, éducation, accès au numérique, etc.) que spatiale (rural/urbain) sur les rythmes de nos territoires. Comment les politiques temporelles peuvent-elles aider à réduire les inégalités ?

Le développement des services numériques permet indéniablement d’offrir une meilleure accessibilité horaire mais leur généralisation conduit à l’exclusion d’une partie de la population qui se trouve démunie face à ces nouveaux outils. Le témoignage d’Emmaüs Connect a montré qu’il était possible de lutter contre cette fracture numérique en déployant des actions d’accompagnement pour favoriser l’inclusion numérique des populations fragiles. Une autre réalité et problématique a été abordée autour d’une table ronde consacrée à ce qu’on qualifie parfois de fracture entre milieu rural et milieu urbain. Le temps d’accès aux services publics et leur diversité sont en général très inégaux selon le lieu d’habitation. Certaines initiatives réussies montrent toutefois qu’il est possible de remédier à ces disparités. C’est le cas de la commune d’Ayen, en Corrèze, qui a imaginé des solutions quand les services essentiels tels que la Poste ont disparu. Grâce à une poignée d’habitants, soucieux de l’avenir durable de leur territoire, la première maison de services au public du département a été créée en 2007, avec 22 associations très actives : le service postal, la CAF et bien d’autres. Ce dispositif a favorisé un développement local dynamique  En dix ans, ce village a ainsi vu sa population augmenter de plus de 25%

Un jour et demi de colloque, ponctué par des échanges riches entre le public et les intervenants. L’intérêt pour les politiques temporelles est grandissant. Il révèle encore une fois l’urgence pour tous les acteurs et décideurs publics et privés de faire de ces politiques publiques, un outil incontournable du développement durable de nos territoires.

Vous retrouverez prochainement les actes complets du colloque sur le site du bureau des temps de la MEL http://www.lillemetropole.fr/bureaudestemps.fr et sur le site de Tempo Territorial.

A propos de l'auteur

Lucie Verchère

Lucie Verchère

Psychologue de formation, Lucie Verchère s'est spécialisée dans les « temps des villes » dès 1998 avec un axe majeur de travail sur les questions de « temps et mobilité ».
Depuis 2003, elle est chargée de mission « temps et services innovants » à la Métropole de Lyon.