Travail et temps sociaux Veille

Et pourquoi pas la semaine de 4 jours de travail ?

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un thème à la Une de l’actualité… salariés, entreprises et syndicats s’expriment !

Plus de temps pour son équilibre personnel pour les uns, plus de temps pour du collectif pour les autres ! Si depuis une vingtaine d’années, l’aménagement et la réduction du temps de travail sont entrées dans les mœurs de la plupart des entreprises, la semaine de 4 jours de travail a longtemps été considérée comme un gadget ! Mais depuis 2021, un grand groupe informatique a décidé de l’expérimenter puis de la mettre en place ! De fait, l’entreprise LDLC a remis cette thématique au gout du jour, dans un contexte post-crise sanitaire qui a sans doute joué un rôle favorisateur de cette évolution.

Dans un article paru dans Entrepreneurs d’avenir, Laurent de la Clergerie fondateur du groupe dresse un bilan très positif de cette mise en place, qui s’avère se positionner dans un équilibre idéal entre santé financière du groupe et bien-être des salariés. Il avoue s’être inspiré d’une expérimentation japonaise de Microsoft en 2019 avec l’objectif d’améliorer la qualité de vie au travail tout en préservant les équilibres familiaux des collaborateurs.

Un an et demi après, Laurent de la Clergerie, le fondateur du groupe, présente un bilan très positif, et tire trois enseignements principaux. Tout d’abord, une mise en place légale finalement assez simple, en imposant un temps plein 32h, et en figeant les RTT sur les jours non travaillés. Il a fallu peu de temps (trois mois) pour lever les craintes des manageurs, les salariés travaillent mieux et sont plus reposés. Et le bonus, c’est la fluidification du travail dans les équipes. Il note, de plus, que ce phénomène des 32 h peut être un facteur attractif afin d’attirer les talents face à la crise actuelle. Lire ici la suite de l’article.

Un article paru dans Politis en avril 2022, questionne, lui, la nécessité de rénover la réduction du temps de travail, en ce temps de crise énergétique, la RTT faisant passer la qualité de vie avant la quantité de biens consommés. L’article rappelle que les mouvements syndicaux, la CGT en particulier, ont émis des propositions dans ce sens. Pour elle, il faut créer un « droit au temps » au sein du travail rémunéré et libérer du temps de travail pour réfléchir aux nouveaux collectifs et modalités d’organisation du travail, avec la création d’espaces de délibération des salarié.e.s. Lire l’article

Effectivement, favoriser la semaine de 4 jours de travail est un plus pour une meilleure conciliation des temps, mais il ne faut pas nier pour autant que la charge de travail peut devenir vite lourde car plus concentrée. De plus le « travailler moins pour vivre mieux » n’est pas spécialement à l’agenda politique qui propose plutôt de défiscaliser les heures supplémentaires et de monétiser les RTT. De plus, le ministère du travail manque de statistiques puisque les mesures sont faites par heure et non par jour !  Ainsi que le démontre cet article du Monde, les exemples sont très diversifiés mais sont un vrai atout pour palier le manque de personnel dans la restauration par exemple. Lire l’article ici

Qu’en pensent les salarié.e.s ? Une étude conduite début 2022 par Owl Labs auprès de 2000 actifs français sur leur lieu de travail démontre une chose prépondérante à retenir : le travail hybride est désormais la norme et la flexibilité est désormais un enjeu important pour les salarié.e.s.  Une des principales conclusions de l’étude met en évidence que « Les avantages professionnels les plus attrayants pour un potentiel emploi sont la semaine de 4 jours (39%), des horaires de travail flexibles (38%), des horaires condensés (27%) ainsi que des vacances illimitées (26%). Source OWLLabs. Lire l’enquête dans son intégralité

Plus récemment, deux spécialistes RH, Barbara Mercati et Emilie Bourg ont lancé une enquête sur le sujet auprès de près de 1500 personnes : salarié.e.s et chefs d’entreprises, mais aussi étudiants et inactifs. Cette enquête a le mérite de quantifier le phénomène. En Europe, sur le sujet, le Royaume Uni est en cours de test avec 60 entreprises, les Belges pourront bientôt condenser s’ils le souhaitent leurs heures sur 4 jours au lieu de 5 (38h), 200 entreprises espagnoles testent pendant 3 ans le travail de 32h, payées 40, sur 4 jours etc… En France, 5% des entreprises françaises l’auraient déjà adopté et le rapport présente nommément 25 entreprises françaises en déclinant les modalités de mise en place. Les secteurs d’activité sont divers et variés : du bâtiment, en passant par la restauration commerciale, ou encore les cabinets de conseils, la semaine de 4 jours prend de plus en plus d’ampleur. Le dispositif séduit tout aussi bien les chefs d’entreprise que les salariés et sa mise en application varie selon l’entreprise : il n’y a pas un format type. C’est à chaque entreprise de trouver la forme qui correspond à son propre business et à sa culture.

Comme vous le verrez dans le book ci-dessous, publié et mis à la disposition de tous/toutes afin de « faire grossir la boule de neige », ce qui ressort en termes d’avantages c’est clairement l’amélioration de la qualité de vie des salariés et les conditions de travail, mais aussi l’amélioration de l’engagement des collaborateurs/trices. Coté inconvénients, c’est l’organisation du travail, de par sa complexité qui pourrait freiner les entreprises, car cela peut entrainer de réorganiser les activités, les métiers, et selon la taille de l’entreprises cela peut faire peur. Lever les freins implique donc un vrai travail de fond et aussi de « déconstruire » les modèles organisationnels connus.

Découvrez cette enquête riche et complète, et tous les chiffres, en cliquant ici 

 

 

A propos de l'auteur

Lucie Verchère

Lucie Verchère

Psychologue de formation, Lucie Verchère s'est spécialisée dans les « temps des villes » dès 1998 avec un axe majeur de travail sur les questions de « temps et mobilité », et de "nouveaux rythmes et lieux du travail ".
Elle a été chargée de mission « temps et services innovants » à la Métropole de Lyon ; depuis 2022, elle anime le réseau Tempo territorial.

pour la joindre contact@tempoterritorial.fr