… le droit au temps au cœur de l’agenda européen
Le réseau Tempo, réseau des acteurs des politiques temporelles, est engagé depuis de nombreuses années aux cotés du réseau européen des temps, Time Use Initiative, qui lance ce jour une campagne sur le “droit au temps” en Europe.
Cette campagne a reçu le soutien d’Eurostat et du Centre for Time Use Research. Elle est cofinancée par l’Union européenne dans le cadre du projet CERV – Time4All2.0, auquel participent des villes, des métropoles et des régions de 9 pays européens, dont le réseau Tempo.
Pourquoi la campagne #MyTimeMatters est importante?
Une campagne destinée aux citoyens, présentant les problèmes et les solutions proposées pour réduire la détresse liée au temps et le sentiment de ne pas en avoir assez. Le temps est un droit invisible mais essentiel qui structure notre vie quotidienne, du matin au soir.
Aujourd’hui, cependant, partout en Europe, sa gestion est devenue l’une des principales sources de malaise. Des personnes de tous genres, âges et horizons déclarent ne pas avoir assez de temps ou être épuisées, se demandant sans cesse : « Où est passé mon temps ? »
Cette question, loin d’être anecdotique, est le symptôme d’une société en accélération, déconnectée de ses propres besoins et marquée par un sentiment constant d’être pressé par le temps.
Pour inverser cette tendance, #MyTimeMatters a vu le jour.
Une campagne pionnière qui place au cœur de son message : l’Europe a un problème de temps qui touche tous ses citoyens. Elle le fait en mettant en avant des données officielles, actuelles et comparables sur le temps, qui, pour la première fois, sont présentées de manière accessible et intégrée.
Mais la campagne va plus loin : elle met également l’accent sur les solutions, en recueillant des exemples de politiques innovantes déjà mises en œuvre par les citoyens et les villes. Le message est clair : transformer l’emploi du temps pour améliorer le bien-être et la qualité de vie est non seulement nécessaire, mais aussi possible. La campagne #MyTimeMatters est disponible sur le site web du Time Lab.
Principaux constats et données clés
- L’Europe souffre d’un déséquilibre entre vie professionnelle et personnelle : 45% des citoyens ont du mal à concilier travail et vie privée, avec des difficultés plus marquées chez les femmes, notamment en Grèce et au Portugal.
- La flexibilité au travail est insuffisante : seulement 22% bénéficient d’horaires flexibles, avec des disparités selon les pays, la rigidité étant plus forte en Grèce et en Bulgarie.
- Le temps de déplacement est élevé : 61% des Européens passent environ 240 heures par an en trajets, principalement en France et en Allemagne, avec une légère dominance masculine.
- La double charge des femmes persiste : elles consacrent en moyenne deux heures de plus par jour aux tâches domestiques et de soins, avec des écarts plus importants en Grèce et en Italie.
- Sur le plan de la santé et du bien-être, 35% souffrent de privation de sommeil, la majorité dormant moins de 8 heures, surtout en Grèce et en Pologne. La majorité travaille sous forte pression, avec 77% ressentant une pression temporelle accrue.
- La majorité soutient la suppression du changement d’heure : 84% en faveur, notamment en Pologne et en Espagne.
- La pauvreté de temps affecte la participation démocratique : 16% ne peuvent pas s’engager civiquement faute de temps, surtout au Portugal et en Pologne.
- La jeunesse est fortement connectée aux écrans : 54% passent environ 6 heures par jour sur des activités numériques, surtout en Pologne et en Allemagne.
- La surcharge de travail durant le temps libre est courante : 59% travaillent en dehors des heures professionnelles, notamment au Portugal et en Pologne.
Analyse comparative par pays
- Les pays avec une longue tradition de politiques temporelles, comme la France, l’Espagne, l’Allemagne et la Belgique, présentent des résultats plus équilibrés. L’Espagne se distingue par de faibles usages excessifs de l’écran chez les jeunes, une meilleure gestion du temps libre et une participation démocratique moins affectée.
- L’Allemagne affiche une bonne balance travail-vie privée, une flexibilité horaire élevée, mais souffre de longs trajets et de peu de sommeil.
- La Belgique présente des résultats proches de la moyenne européenne, avec une faible inégalité dans le travail non rémunéré.
- La France, l’Italie et la Bulgarie ont encore des défis en matière de temps de déplacement, de sommeil ou d’équilibre travail-vie, mais aussi des points positifs comme une certaine égalité ou des durées de trajet plus courtes. En France, le réseau Tempo Territorial, regroupe depuis 21 ans, une quinzaine de collectivités ou institutions travaillant sur les questions de Temps. De nombreuses actions temporelles ont vu le jour sur les territoires.
- La Pologne, la Grèce et le Portugal ont des indicateurs en dessous de la moyenne, avec des difficultés accrues : faible sommeil, forte charge de travail, inégalités de genre, faible flexibilité, et une forte pression sociale et professionnelle.
Quelques solutions proposées
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La campagne insiste sur la nécessité d’un changement collectif, car le problème du temps est structurel. Elle met en avant des politiques publiques concrètes déjà en place dans plusieurs villes et régions, telles que :
- La création de services de garde d’enfants en dehors des heures scolaires, la promotion de la conciliation travail-vie privée, et la sensibilisation à la répartition des responsabilités domestiques.
- L’optimisation des flux de mobilité, la coordination des horaires scolaires et professionnels, et le développement de modèles de travail plus sains et égalitaires.
- La réduction du temps de déplacement, la facilitation de la participation citoyenne via des canaux numériques, et la protection du droit au repos par la création de rôles spécifiques (ex : Night Mayor).
- La suppression du changement d’heure, la mise en place de plans d’organisation du temps locaux, et la sensibilisation à des horaires sains.
- La réussite dépend de la capacité de chaque territoire à concevoir des solutions adaptées à son contexte, en intégrant une approche globale pour garantir le droit au temps et améliorer le bien-être collectif.
Vous pouvez retrouver le document complet ci-dessous

Pourquoi la campagne #MyTimeMatters est importante?