Marina Lafay, présidente de Tempo ainsi que tous les membres du Bureau vous souhaitent une bonne année 2026 !
2025 vient de se terminer. Une année à bien des égards étrange et questionnant le temps. Année marquée par le temps court, voire hâtif, donnant à la fois le sentiment d’un pays à l’arrêt, où la décision s’imposa souvent de façon express par impératif calendaire. Année remplie d’incertitude et rythmée par des regards qui n’ont jamais été autant rivés sur le calendrier pour doter la France d’un budget 2026 avant la date limite.
Aussi, il me tient surtout à cœur de rappeler, la nécessité de penser plus explicitement et plus méthodiquement la valeur du temps long. Et d’en expliquer les ressorts aux élus et aux habitants qui les investissent, de les acculturer à sa valeur.
Il s’agit là d’un enjeu protéiforme certes complexe et exigeant mais néanmoins vital, tant au niveau démocratique, écologique, social que géopolitique, économique, militaire…
C’est un véritable défi démocratique… Il nous faut rompre avec les fausses promesses du « grand soir » faites aux habitants lors des scrutins, laissant présager que tout sera fait en 5 ou 6 ans. Ceci est faux et peut creuser la défiance et la désillusion. C’est bien entendu, on le sait une promesse trompeuse, car le temps de l’administration a son propre tempo, notamment du fait de certaines réglementations et obligations légales ou exigences d’études ou d’autorisations. Pensons également que les instances de démocratie participative et de proximité impliquent au préalable une acculturation des citoyens pour la pleine compréhension des thématiques, ce qui rajoute du temps au temps et n’est pas en soi une mauvaise chose, bien au contraire. C’est également une gageure dans le monde d’aujourd’hui où les crises ne font plus exception. Elles imposent parfois aux élus ou à l’administration de revoir l’ordre des priorisations et des plans établis.
Cependant, et chaque événement nous le rappelle dès lors qu’on l’analyse pour en tirer des leçons, il est essentiel de sortir du seul « mode pompier », il est crucial d’agir en amont si l’on veut anticiper les risques récurrents, pour les traiter en profondeur, à la racine et en garder la maîtrise.
Reconstruire une cathédrale en un temps record est un exploit que l’on ne peut que saluer, mais c’est là une prouesse qui ne doit pas nous faire collectivement succomber au culte de l’immédiateté, dans une perception du pouvoir où la bonne décision serait celle qui aboutit à un traitement exemplaire et rapide. Ce qui est possible sur un chantier ne peut être applicable sur tous.
N’oublions pas l’anticipation, n’omettons pas d’être transparent sur les chiffres et d’avertir les citoyens de ce que l’on sait en matière de prospective. Certains sujets sont vertigineux et ne peuvent être résolus en un tour de main, avec la volonté d’un seul homme / une seule femme providentielle et sur le temps d’un seul mandat.
La complexité inhérente au long terme est certainement peu vendeuse politiquement, car les bénéfices que l’on sème seront probablement récoltés plus tard par d’autres. Mais si l’on a en tête l’intérêt public il est nécessaire d’avoir une vision émancipée. Il m’apparaît que lorsqu’un pays minimise les enjeux de planification, il se soumet à des risques mal anticipés, mais probablement aussi à une perte de souveraineté. Avec parfois aucun autre choix que d’acquérir des matières premières, énergies ou denrées à des pays avec lesquels elle souhaiterait rompre, par exemple par conflit éthique et de valeurs. Ne pas penser le long terme altère également la capacité à rassurer quant à la protection des individus. Un champs vide qui devient dès lors aussi champs libre pour certains qui produisent une mise en récit du passé et de l’avenir sur des bases contraires à celles de la République.
Il est essentiel de réagir aux besoins immédiats et préoccupations en temps T, mais il est tout autant important d’incarner une vision, et de façon méthodique de l’associer à un plan, un cap, pour se projeter collectivement vers un horizon désirable, sans fausse promesse, ni renoncement.
En France la formation pour les métiers de demain et dans les secteurs en tension se pensent dès aujourd’hui, pour des hommes et des femmes qui seront opérationnelles dans 3, 4, 5, 10 ans. La planification est primordiale pour la création de nouvelles filières d’énergie verte, pour un système de soins à la hauteur du vieillissement de la population connu mais mal anticipé, pour remplacer les 50 % d’agriculteurs sur le point de partir à la retraite en France…
Soyons donc courageux en 2026. Osons, nous collectivités, élus, agents, experts, ne pas succomber aux sirènes de l’immédiateté, soutenons-nous pour appuyer des décisions justes donnant le temps aux associations, acteurs de réfléchir et de les mettre en œuvres, avec des moyens cohérents anticipés et alignés sur l’ambition et l’acceptabilité des usagers.
Osons planifier, réajuster, agir de manière itérative, phases après phases, sans renoncer à des ambitions fortes et assumées. Engageons-nous ensemble avec optimisme et résolution, avec l’honnêteté et le principe de responsabilité dont la démocratie a besoin.
Le conseil d’État a organisé en 2024 et 2025 un cycle de conférence qui donne un ancrage supplémentaire à mon interpellation « L’État stratège : penser le temps long dans les politiques publiques ». Mais je ne surprendrai personne, à la suite de ce propos, en rappelant que Tempo Territorial, notre association unique en Europe sur les politiques temporelles, a eu une période intense et riche lorsque la France disposait d’une institution telle que la DATAR, instance d’aménagement des territoires et de planification dont certains se souviendront.
C’est pourquoi je me réjouis des rapprochements que nous avons eus en 2025 avec différentes institutions ou ministères français. Je vous propose de continuer à affermir ensemble cette dynamique via la mobilisation de nos intelligences collectives. N’oublions pas nos forces : à l’aune des municipales il est utile que rappeler que cette logique de la pensée du long terme peut aussi être conduite de manière déconcentrée, ainsi que l’illustre notre réseau de territoires et d’acteurs. C’est pourquoi nous proposerons le 29 janvier un temps « on line » d’acculturation aux politiques temporelles, à l’adresse des candidats en lice aux municipales et pour les collectivités souhaitant mieux implémenter nos solutions déjà éprouvées sur nos territoires adhérents et ce depuis plus de 20 ans.
Alors bonne année 2026 !
Et prenez aussi le temps du repos pour se ressourcer et pour aborder 2026 avec énergie et enthousiasme.
Merci pour votre présence en 2025, votre apport riche et précieux
Merci aux animateurs de Tempo Territorial également, infiniment.
A bientôt de Janvier à Décembre 2026 !

Marina Lafay
Marina Lafay
Présidente de Tempo Territorial
