Travail et temps sociaux

Le monde du travail en pleine évolution ?

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« Ne plus travailler ? ou « ne plus travailler pareil ? »

Le monde du travail est en plein bouleversement, effet de la pandémie, et de la crise sanitaire, à n’en pas douter, en France comme dans beaucoup d’autres pays. Lors de nos Temporelles à Lyon, nous y avons consacré une matinée entière (lire ICI), en zoomant sur les nouvelles modalités des rythmes et des temps de travail, semaine de 4 jours en particulier.

Dans cet article, nous reviendrons plus particulièrement sur un phénomène de bouleversement fondamental du travail : Pourquoi ne veut-on plus travailler ? Info ou intox ?

Pour commencer, un podcast à écouter avec intérêt sur France Culture, car il pose le panorama de cette question complexe, en donnant la parole à Dominique Meda, professeure de sociologie à Paris Dauphine et grande spécialiste de la question du travail, Marie-Anne Dujarier, professeure de sociologie clinique à l’Université Paris Cité, et Arnaud François, professeur de philosophie à l’Université de Poitiers.

Aujourd’hui, on voit poindre l’évitement du travail, l’évocation du « droit à la paresse »,  l’éloignement de son lieu du travail pour se mettre au vert, …  La valeur travail est moins nette qu’il y a une vingtaine d’année, et les trois conférenciers débattent sur  « Pourquoi ne veut-on plus travailler ? ».

D’abord avec une vision historique depuis la mise en place du Ministère du Temps libre, en 1936, puis en 1981, vite battu en brèche dès 1982, avec la montée du chômage et du neo-liberalisme, qui a redonné une place centrale à la valeur travail.

Pourtant, observe M.A Dujarier, “on voit surtout des jeunes qui sont au seuil du marché de l’emploi et qui ont très envie de travailler, mais qui se font refouler, des aides-soignantes qui se sont levées ce matin à 5 h pour aller s’occuper de personnes dépendantes et qui vont courir pour aller faire une autre toilette et des cadres supérieurs qui sont préoccupés toute la journée par leurs chiffres à faire”. Alors pourquoi se subordonne-t-on à ce travail contraint ?

Pour Dominique Méda, ce n’est pas un refus du travail, mais une recherche d’emplois plus supportables avec le souhait de travailler autrement. Elle rappelle aussi que la recherche de “temps pour soi”, ce n’est pas nouveau. Elle revient sur une grosse enquête du Ministère du travail au moment de la mise en place de l’ARTT sur la vie des personnes, et à l’époque déjà, le manque de temps, surtout pour les parents de jeunes enfants, apparaissait,  avec beaucoup de differences dans les catégories socio-professionnelles. Aujourd’hui, avec des conditions de travail très dégradées, et une conciliation des temps encore difficile, alors oui, on voit des souhaits de vivre autrement.  L’intégralité du podcast est à retrouver en ligne sur France Culture.

Muriel Penicaud, invitée à l’événement de prospective de WE Demain parle elle de « tsunami » du travail à venir, avec des vagues successives qui vont venir impacter le monde du travail : d’abord la transition écologique, et ses conséquences majeures en terme d’emploi, puis l’intelligence artificielle qui déplace la « valeur travail ». Viennent ensuite les changements démographiques, liée à l’évidence de la baisse de la natalité dans une partie du monde, tandis que dans des pays émergents, Afrique par exemple, la moitié de la population a moins de 20 ans. Enfin, la dernière vague concerne le changement de la relation au travail, avec un besoin de meilleure conciliation de nos temps de vies.

Autre bouleversement : on a beaucoup parlé de « grande démission »… qu’en est-il vraiment ? Le phénomène, venu des Etats Unis où il a débuté au sortir de la crise sanitaire, désigne des démissions professionnelles massives ; se reporter ICI . 48M de salariés concernés en 2021, et en 2022. L’individu requalifie ses priorités face au travail, et en particularité la génération Z avec une revendication « gagner moins pour vivre mieux !

En France, phénomène de mode ou qui va s’installer ? On ne le sait pas trop .. les impressions divergent. Très loin des chiffres des Etats Unis, la France est-elle aussi touchée par le phénomène ? Difficile de se faire une idée, tant des infos contradictoires circulent.

Dans cet article des Echos, les salariés remettent en cause leurs missions, et prennent conscience qu’il existe une vie en dehors du travail. En parallèle, on voit aussi apparaitre une baisse du niveau de tolérance des contraintes liées au travail, et la montée du mal être au travail (qui fera l’objet d’un autre article). Ce que veulent les salariés : de la flexibilité ! du sur-mesure !

Mais une étude de l’Institut Montaigne,  qui s’appuie sur un vaste sondage auprès de 5000 actifs, montre le contraire et nous dit : NON, il n’y a pas de rupture dans les attentes des salariés vis-à-vis du travail, et la « supposée » épidémie de flemme, n’est pas vérifiée par les chiffres. D’ailleurs une étude de la DARES, publiée en octobre 2022, démontre un taux de démission élevé mais pas inédit, et zoome sur l’impact des ruptures conventionnelles sur ce taux depuis 2008. Lire la publication ICI 

Mais ne faut-il pas se réjouir de ce phénomène ?

C’est la question que pose Gaël Chatelain-Berry, spécialiste des enjeux RH, dans  Un article de La Tribune. Il évoque le concept de plein emploi, qui n’est plus une chimère en France, même s’il n’est pas angélique (chômage des seniors, des personnes avec peu de diplômes, …). Il évoque également pourquoi nous quittons une entreprise, mais termine par « Alors, opportunité de recrutements ou pas ? ».

Enfin, terminons par une tribune d’Anne Sophie Vergne, consultante et conférencière, intervenue également lors de nos Temporelles 2023 ; Elle témoigne ici sur la difficulté d’être RH dans le monde complexe du travail aujourdh’ui.

Ce premier article est consacré au travail en pleine évolution ;  il y en aura d’autres à suivre très bientôt.